L’actualité française et internationale autour de la reconnaissance ouverte et des usages des Open Badges !
Qui est François MILLET et qu’est-ce que Le Dôme de Caen dont on entend beaucoup parler dans la communauté Open Badge ?
Je suis l’un des co-fondateur du Dôme à Caen et j’y développe des programmes de recherche et innovation participative. En effet, le Dôme est un centre de Culture Scientifique Technique et Industriel. Des CCSTI, il en existe plusieurs par région en France et ils recouvrent une grande variété d’identités et de pratiques. Notre orientation au Dôme est particulière car elle ne relève pas de la vulgarisation ou de la pédagogie que l’on retrouve avec talent dans la majorité de ces centres. Notre proposition est d’inviter la population avant tout “adulte” pour participer à des programmes de recherches ou au développement de services en s’emparant d’enjeux de science et de société : mobilité, transition énergétique, santé, ressource naturelles, agriculture, éducation, numérique, … Nous souhaitons faire passer le public d’une posture de visiteur à celui d’acteur du monde de demain.
Après ton double passage en Badge Clinic et au regard de toute l’activité que vous générez au Dôme, on pourrait vous diagnostiquer hyperactifs du badge ! Peux-tu nous parler de votre philosophie en matière de reconnaissance ouverte ? Comment cela se fait-il que vous badgiez autant ? N’y a t-il pas un risque que trop de badges tue le badge ?
Participer est le mot d’ordre du Dôme. Mais cela ne se décrète pas et il n’y a pas de participation sans reconnaissance de cette participation. Cette nécessité de reconnaître un engagement, de valoriser celles et ceux qui donnent de leur temps mais aussi de pouvoir revendiquer ce que l’on a découvert ou appris était une réflexion que nous avions de longue date, sans pour autant trouver de solution. Avec la découverte des open badges, l’évidence s’est donc imposée à nous. Il nous a semblé être l’outil idéal pour permettre à chacun de reconnaître que l’on prend part à un projet et que l’on y apporte sa part, mais aussi de la part qu’on en retire.
Pour ce qui est du risque de la profusion : les badges qui disparaîtront sont ceux qui auront le moins de valeur pour les personnes qui en bénéficient et qui ne sont donc pas indispensables. Les badges proposés par le Dôme sont à l’image de la diversité des approches et des ateliers qui sont ouvert au publics. Parfois ils sont co-construits avec les participant·e·s, parfois diffusés en masse lors d’une manifestation, certains sont uniques et d’autres existent depuis que nous avons lancé notre programmation. En réalité, ce n’est pas qu’il y a trop de badges, c’est que nous faisons exclusivement des choses qui méritent que celles et ceux qui y participent soient reconnu·e·s ! De plus, nous sommes 5 structures au Dôme à nous être emparé de cet outil et nous hébergeons la dynamique “Badgeons la Normandie”, ce qui s’ajoute au ressenti “démultiplicateur” du lieu.
En réalité, cette impression de profusion n’est perceptible que par les professionnels du sujet, mais surement très éloignée du ressenti et du vécu des personnes qui en bénéficient, chacun ayant sa porte d’entrée dans les open badges. Et plus nous multiplierons les canaux, plus nous multiplierons les chances que la démarche prenne sens en dehors de nos (petites) communautés.
Tu prônes souvent une approche pop-culture, voire parfois Punk du badge ! Tu nous en parles ?
Il n’y a pas assez de place dans cet article pour en parler correctement mais comme dirait le poète “Do or do not, there is no try”. Je pense donc que l’identité culture pop va de paire avec les démarche participative et d’éducation populaire que nous mettons en place au Dôme. La culture pop est celle que chacun s’autorise à utiliser, à adapter, remixer, … Elle donne lieu à des usages diversifiés et créatifs, aisément appropriables par les individus qui en usent et support d’une activité dont l’expérience élargit les facultés.
Mais le but n’est pas de singer cette culture pop, d’en faire un levier marketing, un argument commercial. À l’origine, les badges épinglés au veston, accrochés sur son sac ou stickés au dos de la voiture, sont des slogans, des revendications, ils sont militants. Et si les punk sont passés de “No Futur” à “Yes Futur”, l’esprit reste le même : les badges doivent avant tout être des images qui percutent avec des slogans populaires.
La force du badge, c’est d’être ces images à message puissant, sinon autant utiliser d’autres outils de la reconnaissance. Sans cette culture pop, le risque est qu’ils deviennent des logos, du placement de marque, des médailles. Les enseignants mécontents qui cet été ont détourné, remixé et “hacké” les badges de leur académie, s’inscrivent pleinement dans cette culture pop. Cette culture qui vous appartient à vous en premier lieu, comme vos badges.
Le Dôme est engagé dans un projet FEDER autour du développement des badges depuis plus de deux ans maintenant. Où en êtes-vous ? Quelles sont les productions ou les avancées significatives que vous pouvez ou que vous partagez déjà ?
Après deux ans d’accompagnement et d’acculturation, de rencontre et de co-création des usages, plusieurs cahiers des charges sont posés. La tâche a été rude car il a fallu faire comprendre les usages, la technologie, les interactions, les domaines d’interventions, … bref vulgariser un nombre très important de partenaires et d’usagers avant de pouvoir leur faire pleinement réaliser et concevoir les meilleurs usages. Au final, nous avons déjà développé un émulateur graphique qui s’appuie sur la matrice de badge recouvrant l’intégralité des usages rencontrés jusqu’à présent. Il sera mis en test à l’automne.
Ensuite, des outils de création de parcours de formation, associés à une cartographie mais surtout une simple liseuse de badge – application permettant à chacun de lire les badges sur son smartphone, son ordinateur, … sans créer de compte – seront développés jusqu’en juin pour être testés à la rentrée scolaire de septembre 2021.
Que manque t-il à l’heure actuelle pour que les Open Badges libèrent tout leur potentiel ? D’ailleurs, selon toi, quel est ce potentiel ?
Il faut qu’ils trouvent et des usages en dehors des champs – certes important mais trop restrictifs – de l’insertion et de la formation. Si ces champs d’application sont pratiques pour acculturer aux enjeux de la reconnaissance et des open badges, si on en perçoit bien la nécessité et la pertinence, ils enferment les usages et les coupent d’une identité plus populaire ou alors plus prestigieuse.
Mais surtout il faudrait que n’importe qui puisse vraiment lire un badge – voire émettre – un badge comme on lit un SMS, une photo instagram ou un tweet.
Si demain, on te confie un crédit illimité, quel futur tu construis avec les badges ?
Un Futur participatif qui serait défini pendant le Turfu festival et surtout où on n’aurait plus besoin d’open badges puisque la reconnaissance serait entrée dans notre culture. Le but le plus vertueux des badges, c’est qu’on n’ait plus besoin d’eux !
Quelques conseils pour les personnes et organisations qui s’intéressent aux Open Badges ?
À part oublier tout ce que l’on vient de lire dans cet article, je proposerais un TOP 5 de ce que ne doit pas être un badge :
N°1/ Depuis quand je dois savoir faire ça ?
Ne remplacez pas vos diplômes ou attestations par des badges, un badge c’est pas un diplôme ou une liste de compétences certifiées attestant d’un référentiel de …
N° 2/ Vous êtes qui pour donner un bon point ?
Ne faites pas de badge si vous pensez y rétrocéder une portion de votre “notoriété”, ce n’est pas de la reconnaissance.
N°3/ Mais c’est pas une image votre badge !
C’est dommage parce qu’un badge c’est une image et c’est cela qui fait sa force et son utilité. On peut utiliser un tournevis comme un marteau, mais c’est pas fait pour ça.
N°4/ C’est pas une voiture de rallye un badge !
Si vous voulez voir apparaître votre logo sur le badge, c’est que vous faites votre promotion, et pas reconnaître la personne qui le reçoit. Votre nom, marque, logo sera déjà partout ailleurs dans les métadonnées, si vous devez le rajouter encore sur le visuel, c’est antinomique avec le projet de reconnaître la personne bénéficiaire.
N°5/ C’est pas drôle ton badge !
Et pourtant, un badge ça doit être fun comme un stickers collé sur un ordinateur, impertinent comme un tag au coin de la rue, couillon comme une citation sur les toilettes dans un bar, cela doit devenir une phrase culte et s’échanger de façon viral sur les réseau sociaux. Et nous vivons une époque qui a bien besoin de cette légèreté !
Créer un Open Badge pour soi ou pour les autres
Ce module OB 102 est destiné à vous faire entrer en action directement en créant votre premier Open Badge. En expérimentant quelques usages, vous allez pouvoir découvrir le potentiel de ces nouveaux instruments au service de la reconnaissance des apprentissages, des talents, des compétences et de l’engagement des apprenants tout au long de la vie, que nous sommes tous.
Le Réseau Francophone des Fablab d’Afrique de l’Ouest (ReFFAO) est une association qui rassemble les Fablabs de toute l’Afrique de l’ouest. Les Fablabs sont un réseau mondial de laboratoires locaux, qui rendent possible l’invention en ouvrant aux individus l’accès à des outils de fabrication numérique.
Le jumelage entre l’association Reconnaître et le ReFFAO a été officiellement lancé lors de la conférence ePIC par Christophe Noullez, professeur de technologie du collège Louise Michel à Clichy sous bois, formateur DANE de l’académie de Créteil et secrétaire de l’association TiersLieuxEdu (membre de Reconnaître). L’un des objectifs poursuivi est le parrainage et l’accompagnement des acteurs du ReFFAO dans la mise en oeuvre de dispositifs de reconnaissance ouverte et l’usage des Open Badges.
La communauté des membres de Reconnaître – Open Recognition Alliance continue de s’agrandir tranquillement au fil des mois. Elle compte aujourd’hui plus de 30 organisations membres (associations d’éducation populaire, tiers-lieux, entreprises et universités) et autant de membres individuels.
Vous aussi, vous pouvez rejoindre l’association Reconnaître et contribuer à la construction d’une société ouverte et apprenante, fondée sur la reconnaissance des talents, des compétences et des aspirations des personnes, des communautés et des territoires. Rejoindre l’association
Projet MIRVA (Making Informal Recognition Visible and Actionnable)
Le projet MIRVA, financé par la commission européenne dans le cadre du dispositif Erasmus+, s’est achevé fin août 2020. L’impact de ce projet a été considérable sur le sol français avec notamment la création de l’association Reconnaître, la naissance de nombreux collectif « Badgeons notre territoire », mais également l’émergence d’une dynamique forte autour de la question de la reconnaissance ouverte sur l’ensemble du territoire. Retrouvez tous les travaux et productions (Guides et lignes directrices pour individus, organisations, communautés et fournisseurs de technologies) sur le site de MIRVA ou en cliquant directement sur les images ci-dessous.
Bonus MIRVA : Open Recognition Song
Du même auteur : Acapulco bay (by Elegant Tramp)
« Open badges : avancer oui, mais comment ? ». Le 4 décembre s’est tenu un atelier d’intelligence collective organisé conjointement par le ThinkTank #leplusimportant et l’association Reconnaître.
Le 17 septembre, l’Open Recognition Netherlands a organisé sa première réunion d’experts en ligne sur la reconnaissance des compétences non techniques à l’aide des Open Badges. Les intervenants étaient issus de différents horizons : DUO (Registre national des diplômes) a partagé un projet appelé Soft Skills 4 EU, KOMPAS21 est une autre initiative aux Pays-Bas qui permet aux étudiants de réfléchir sur le développement de leurs compétences non techniques. Puis la 3d est venue avec Follow your Dreams, un exemple basé sur le programme national Community service for young people : les jeunes adultes sont facilités à participer et à être reconnus pour leur effort en prenant part au programme local à La Haye. Le « Schakeljaar-program » est un programme de connexion pour les jeunes étudiants entre l’enseignement secondaire spécialisé et l’enseignement professionnel, présenté par une école professionnelle régionale qui utilise des badges.
Deux membres du panel de Randstad (agence internationale pour l’emploi) et un campus régional pour les talents (qui met en relation les employeurs, le gouvernement et l’éducation avec des personnes talentueuses grâce à des badges) ont réfléchi à la présentation. Une discussion a eu lieu à la fin de la présentation, au cours de laquelle les participants issus de l’éducation, des entreprises, des ressources humaines et du gouvernement ont été invités à partager leurs réflexions et leurs idées.
D’autres informations seront publiées (y compris l’enregistrement) sur www.openbadges.nl.
Ce qui n’était au départ qu’une simple idée pour attirer les talents est devenu le programme d’accréditation en informatique le plus influent au monde. Aujourd’hui, IBM a délivré son trois millionième badge et organise environ 2 500 activités pour lesquelles des badges sont délivrés.
Lorsqu’il a été introduit en 2015, le programme de badges numériques d’IBM a attiré de nombreux sceptiques qui craignaient qu’il ne provoque des perturbations importantes. C’est effectivement le cas.
Lire l’article (article en anglais)
Les organisations désireuses de communiquer sur leurs événements, formations, ateliers et participations diverses, peuvent – si elles sont membres de l’association Reconnaître – transmettre les informations par courriel à l’adresse suivante : contact@openbadges.info
La 18ème édition de la conférence ePIC s’étendra sur 72 heures en continu sur trois fuseaux horaires (Europe/Afrique, Amériques, Asie/Pacifique) pour accueillir des participants de tous les continents et de tous horizons impatients d’explorer toutes les dimensions d’une culture émergente de la reconnaissance qui a donné naissance aux Open Badges — les Open Badges comme artefacts d’une culture de la reconnaissance émergente ?
Alors que l’apprentissage et l’emploi étaient les principaux thèmes des précédentes conférences ePIC, l’objectif cette année est d’élargir notre compréhension de la reconnaissance en tant que culture qui inclut la musique, la poésie, la danse, la peinture et d’autres formes ou expressions artistiques comme expressions de la reconnaissance.
Bien que 100% en ligne avec traduction simultanée en français/anglais/espagnol (sur certaines tranches horaires), les participants sont encouragés à organiser des événements locaux, physiques et en ligne qui seront inclus dans le programme par le biais d’interviews, de captures vidéo, etc. Au cours des prochaines semaines, le programme sera complété par des ateliers, des discours, des tables rondes, des présentations, des interventions et des spectacles.
En raison de circonstances exceptionnelles (covid, conférence en ligne), les frais de participation pour l’édition 2020 sont laissés à l’appréciation des participants. Ils peuvent contribuer aux frais (traduction simultanée, infrastructure et support technique, etc.) au moment de l’inscription ou part une contribution à l’Open Recognition Alliance via Open Collective.
Les éléments ci-après sont tirés des informations reçues des propriétaires de plateformes de création et d’émission de badges.
Open Badges : un déploiement sur tout le territoire via le réseau Canopé (article de Maud Vederin – Echosciences) – Lire l’article
Des badges de compétence … sans référentiel (article du Labo CIBC) – Lire l’article
Les programmes de badges et de certification peuvent-ils accélérer le rétablissement post-COVID-19 ? (article de David Leaser d’IBM) – Lire l’article (en anglais)
Penser la reconnaissance avec les Open Badges (article de Serge Ravet – Reconnaître) – Lire l’article
Des badges pour reconnaître les pratiques agroécologiques des agriculteurs (article de Céline Collet – Echosciences Normandie) – Lire l’article
Inclusion et médiation numériques : oui mais à quelles conditions ? (article de Mathieu Muselet – Ligue de l’Enseignement) – Lire l’article
Pourquoi décoloniser le reconnaissance ? (Ouvrage collectif et collaboratif) – Voir le site de l’ouvrage
Badges de compétences : la mauvaise solution à un vrai problème (article de Serge Ravet – Reconnaître) – Lire l’article